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#balancetonporc

Par Pierre

« La peur a changé de camp ».

Voilà une affirmation étonnante ! Comment se fait-il que l’ « affaire Weinstein » ait pu cristalliser autant de tensions ? Pour quelles raisons ce scandale a-t-il été le déclencheur d’une telle « libération » de la « parole des femmes » ? Et quelles sont les divergences d’opinion quant aux différents mouvements et contestations qui ont découlé de ces événements, souvent troubles et sujets à la caricature ?

Retour sur l’un des débats les plus retentissants des années 2010…

L’ORIGINE

C’est le 5 octobre 2017 que le scandale éclate.
Un article du New York Times, l’un des plus prestigieux journaux américains, fait état d’un bon nombre de viols, de harcèlements et d’agressions sexuelles, qu’aurait commis Harvey Weinstein, célèbre producteur à Hollywood, très influent dans le monde du cinéma américain.
Une douzaine de femmes, pas forcément connues du grand public, accusent Weinstein mais, au fil des heures et des jours, l’affaire prend un tout autre tournant: parmi celles qui se disent victimes d
ses agissements (93 depuis le 30 octobre), figurent de très grands noms d’Hollywood, tels Asia Argento, Cara Delevingne, Salma Hayek, Angelina Jolie, Rose McGowan, Gwyneth Paltrow, Judith Godrèche, Emma de Caunes ou encore Léa Seydoux. Rapidement, le scandale devient planétaire.

Et les conséquences, ne serait-ce que pour Weinstein, ne se sont pas fait attendre : plusieurs enquêtes s’ouvrent, et son épouse, l’actrice Georgina Chapman, demande le divorce. Le producteur a beau nier les accusations portées à son encontre, il est trop tard : aux yeux du monde entier, il est coupable.
L’affaire n’en est qu’à ses débuts…

LA LIBÉRATION DE LA PAROLE

Comment expliquer l’onde de choc provoquée par ces sinistres intrigues ? Il faut préciser que la terrible réputation de Weinstein était déjà bien connue à Hollywood : en 2013 déjà, lors de la cérémonie des Oscars, l’animateur de la soirée, Seth McFarlane, chargé d’annoncer les nommées au titre de “Meilleure Actrice”, plaisante : “Félicitations, vous voici désormais cinq à ne plus avoir à prétendre être attirées par Harvey Weinstein”, dénonçant à demi-mot les cas de producteurs exigeant des relations sexuelles auprès d’actrices en échange de rôles
Qui plus est, les “plaignantes” sont des actrices toutes plus célèbres les unes que les autres, des icônes du cinéma américain ! Leurs accusations font l’effet d’une bombe…

Ainsi, dans le monde entier, un mouvement de “libération de la parole des femmes” voit le jour.
En effet, nombreuses sont celles qui ont été confrontées à de telles situations dans leur vie professionnelle, et pour beaucoup, il est temps de s’exprimer, et de briser le silence : l’affaire Weinstein a été le déclencheur du mouvement.

#METOO 

C’est Alyssa Milano, actrice americaine, qui, la première, a l’idée de créer un hashtag, sur Twitter, afin de partager des témoignages de femmes, de tous horizons et de toutes conditions sociales, victimes de violences sexuelles et de sexisme.
En 2007, Tarana Burke, militante féministe américaine, avait lancé la campagne “Me too”, qui avait pour but la dénonciation d’agressions sexuelles chez les minorités.
C’est donc le nom du mouvement qui est repris : #MeToo est né.
En France, c’est Sandra Muller qui, le 14 octobre, lance le has
htag “BalanceTonPorc” sur Twitter, un équivalent de #MeToo.
Très rapidement, le mouvement connaît un très grand nombre d’adhésions : le hashtag est repris 200 000 fois en quelques jours !
  
LA POLÉMIQUE SPACEY

Les semaines suivantes, beaucoup d’affaires du même genre sont révélées : la plus retentissante concerne  Kevin Spacey, acteur notamment de la série “House Of Cards”.
Le 29 octobre, Anthony Rapp, lui aussi acteur, accuse Spacey d’avoir tenté d’abuser de lui durant le tournage d’un film en 1986. Rapp avait alors 14 ans.
Huit employés de la série “House or Cards” viennent confirmer la réputation de “prédateur” de la vedette.
Une enquête est ouverte.
La plateforme Netflix annonce dès lors que plus jamais Spacey n’apparaîtra dans la série.
De son côté, Ridley Scott, réalisateur du film “Tout l’argent du monde”, dans lequel devait jouer l’acteur, choisit de retourner chacune des scènes dans lesquelles il apparaît, en le remplaçant par un autre acteur,  Christopher Plummer.
Ces cons
équences font beaucoup parler : le procès de Kevin Spacey n’ayant pas eu lieu, fallait-il le considérer comme coupable, par avance ?

Le traitement réservé à l’acteur, ainsi que la dénonciation des violences encouragée par les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, assimilée par certains à de la “délation”, font beaucoup parler, et les avis, tout naturellement, ne sont pas tous positifs…

LA TRIBUNE DES 100

Le 9 novembre, paraît, dans le journal “Le Monde”, une tribune, qui ne va pas tarder à faire parler d’elle…
L’article défend la “liberté d’importuner”, fustigeant, dénonçant le mouvement et #MeToo. Surtout, le rejet d’un certain féminisme qui afficherait une “haine des hommes” est exprimé.
Cette tribune, écrite, entre autres, par l’écrivaine Catherine Millet, est signée, en signe d’approbation, par un grand nombre de femmes françaises plus ou moins médiatisées : la “tribune des 100 femmes” voit le jour.
Parmi les signataires, et c’est ce qui va faire éclater le scandale, se cache une actrice mondialement célèbre : Catherine Deneuve.
Comment cette femme, qui, en 1971, avait apporté son soutien au manifeste des 343 femmes, appelant à la légalisation de l’avortement en France, peut-elle désormais s’en prendre au mouvement #BalanceTonPorc ?
Très vite, de nombreuses féministes, ou de simples citoyens, s’insurgent sur les réseaux sociaux.
À l’étranger, notamment en Amérique, la tribune suscite de vives 
réactions, et le scandale éclate sous le nom d'”affaire Deneuve”.
L’actrice est notamment taxée de misogynie par Asia Argento, victime présumée de Weinstein.
Rapidement, les signataires de la tribune apparaissent dans les journaux, et sur les plateaux de télévision, afin de pouvoir s’ expliquer. Selon elles, le but était de dénoncer le “puritanisme” issu du drame Weinstein…
Néanmoins, le débat est bien loin de s’ 
essouffler.

Dans différents médias, l’actrice Brigitte Lahaie, autre soutien de cette tribune, et Catherine Millet,trouvent le moyen de faire polémique, par exemple quant à la question du viol et des « frotteurs dans le métro », pour lesquels cette dernière dit, dans l’émission « Quotidien », avoir de la compassion.

Et à Catherine Deneuve, dans Libération, de présenter ses excuses auprès des victimes d’agression qui auraient pu être choquées.

Malgré tout, elle l’affirme : “Je suis une femme libre et je le demeurerai.”

QUE RESSORT-IL DE CES AFFAIRES ?

Comme pour tout large mouvement social qui se respecte, des contestations ont émergé. Surtout en France. L’un des objectifs de Deneuve était de dénoncer la potentielle dangerosité de #BalanceTonPorc.
Certaines femmes, pour assouvir une soif de vengeance personnelle, auraient bien pu prétendre avoir subi des agressions de la part d’hommes dont elle souhaitaient, en réalité, détruire la réputation. Il s’agit d’une évidence. Mais qu’en est-il des femmes qui, au contraire, n’ont jamais vu leur plainte aboutir, pour cause de prescription des faits ; qu’en est-il de ces femmes qui n’ont pas eu le courage de parler “à temps”, par peur, ou tout simplement par crainte de ne pas être entendues ? La question mérite d’être posée.
Et seul l’avenir nous donnera le fin mot de ces affaires. Ou peut-être pas.
Il est toujours difficile de nommer les “justes”, les “bons”, et les “mauvais”. Peut-être les 
dérives de #MeToo ont-elles été exagérées, mais peut-être aussi que l’étiquette “misogyne” ne correspond pas à la ligne défendue par Deneuve…

SOURCES :
Wikipedia
Le Point
Le Figaro Madame
le Figaro
Le Monde
Libération

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